Avant d’entrer dans le vif du sujet, je ne crois pas inutile de vous présenter quelques considérations générales susceptibles d’expliciter une démarche qui se voudrait non exclusivement vouée à des fins de diffusion mais aussi de témoignage.
J’ai pour principe de n’aborder en public que des questions nées de ma pratique analytique, des obstacles que j’y rencontre, des butées auxquelles je me heurte, des éclaircissements que j’en attends sur des points de théorie encore flous. Dans ce cadre je dois reconnaître que j’ai depuis longtemps l’impression que ma double inscription dans le champ freudien d’une part et dans le sillage lacanien me laissait toujours perplexe sur la question de leur concordance, de leur complémentarité ou, au contraire de leur opposition. En première approximation, il me semblait percevoir comme un hiatus entre la diachronie freudienne et sa causalité temporelle d’une part et le structuralisme de Lacan et l’accent mis sur la synchronie et la topologie d’autre part. Dès lors il m’a paru bien commode d’aborder à ces fins de clarification, une notion centrale pour l’une comme pour l’autre approche : le transfert.
Il s’agit bien d’un concept central tel que Freud l’élabore à partir de sa pratique et qui occupe dans ses constructions une fonction de carrefour où viennent confluer et se télescoper tous les problèmes nés du passage d’une pratique singulière à une théorisation générale.
En premier lieu pour Freud, premier découvreur du phénomène, le transfert se présente comme un obstacle sur le chemin de la remémoration qui conduit le sujet au conflit infantile à l’origine de la névrose.
Pour Lacan, le transfert doit s’insérer dans une théorie plus générale du sujet en tant que «l’entrée en jeu du signifiant dans la vie de l’homme lui permet de faire surgir le sens du sexe. À savoir que pour l’homme, et parce qu’il connaît les signifiants, le sexe et ses significations sont toujours susceptibles de présentifier la mort.»
En posant les choses ainsi vous voyez se profiler le danger n°1 d’un exposé qui, si on n’y prend garde, risque de nous conduire à dévider toute la pelote de la théorie analytique alors qu’il s’agit d’en isoler un brin.
Je ne suis pas sûr d’avoir réussi à éviter cet imbroglio mais allons, pour commencer du côté de chez Freud.
Dans un article de 1912, il systématise les conclusions auxquelles il est parvenu en ces termes:
_«Le transfert se produit inévitablement au cours d’un traitement.
_Tout individu possède une manière d’être personnelle, déterminée de vivre sa vie amoureuse: sa façon d’aimer est soumise à certaines conditions pour y satisfaire certaines pulsions et se poser certains buts. Ces caractères particuliers peuvent se repérer à travers la répétition d’expériences analogues.
Parmi les émois qui déterminent la vie amoureuse, une partie d’entre eux trouve un débouché vers la réalité et devient un 1 élément de la personnalité consciente. Une autre partie de ces émois libidinaux subit un arrêt de développement et se manifeste à travers les symptômes ou les fantasmes et reste ignorée du conscient.
Ainsi l’investissement libidinal en état d’attente va se porter sur la personne du médecin et s’attacher à des prototypes déjà fixés chez le patient. C’est le transfert.
Ce transfert va revêtir un caractère particulier quand il dépasse la mesure par certaines particularités ou par son intensité même. Ceci s’explique si l’on admet que le transfert concentre les espoirs et idées conscientes mais aussi tout ce qui a été réprimé et est devenu inconscient.
Deux points cependant restent obscurs :
_l’intensité même du transfert chez les névrosés en analyse
_C’est le transfert qui oppose au traitement la plus forte des résistances. Voyons comment se présente la situation psychologique à propos de ce deuxième point : la condition invariable du traitement des névroses doit prendre pour point de départ l’introversion de la libido qui s’engage dans la voie de la régression en réactivant les imaginations infantiles. Le traitement analytique suit la libido sur ce chemin et tente de la rendre accessible pour la réalité.
Chaque fois que l’investigation analytique découvre une des cachettes de la libido, un conflit surgit : toutes les forces qui ont provoqué la régression se muent en résistance afin de maintenir l’état de chose actuel.
L’analyse a à faire face aux résistances qui émanent des deux sources, la seconde résultant de son attraction par les pulsions inconscientes refoulées.
La résistance suit pas à pas le traitement et y imprime son empreinte sur toute idée ou acte du patient qui représente un compromis entre les forces tendant vers la guérison et celles qui s’y opposent.
L’analyse d’un complexe pathogène jusqu’à ses racines inconscientes nous fait parvenir dans une région où se fait sentir la résistance et où l’association d’idées qui surgit porte la marque d’un compromis entre les exigences de la résistance et celles du travail d’investigation et c’est ici que surgit le transfert : le transfert est utilisé par la résistance.
L’idée de transfert s’est glissée de préférence à toutes les associations possibles jusqu’au conscient justement parce qu’elle satisfait la résistance. Ainsi la partie du complexe pathogène pouvant devenir transfert se trouve poussée vers le conscient et le patient va s’obstiner à la défendre avec la plus grande ténacité et, au fur et à mesure que le traitement avance le patient va avoir recours au mode de déformation le plus avantageux : la déformation par le transfert.
Mais la question se pose de savoir d’où vient que le transfert se prête si bien au jeu de la résistance ?
Il est clair que l’aveu d’un désir interdit devient particulièrement malaisé lorsqu’il doit être fait à la personne qui en est l’objet. C’est pourtant là que le patient cherche à nous entraîner quand il confond le praticien avec l’objet de ses émois affectifs. Mais à l’inverse le transfert sur la personne du médecin pourrait tout aussi bien faciliter la confession et la question reste entière.
L’expérience nous montre qu’il faut distinguer, en fait, deux sortes de transfert : un transfert positif et un transfert négatif, hostile.
Dans le transfert positif, on distingue un niveau conscient de sentiments amicaux ou tendres, mais dont le fondement dernier est érotique, génétiquement apparenté à la sexualité et émanant, par effacement du but sexuel, de désirs vraiment sexuels car originellement nous ne connaissons que des objets sexuels.
Mais on est en droit d’affirmer, souligne Freud, que le transfert sur la personne de l’analyste ne joue le rôle d’une résistance que dans la mesure où il est un transfert négatif ou bien un transfert positif composé d’éléments érotiques refoulés. Et ainsi « liquider » le transfert revient à écarter de la personne du médecin ces deux composantes de la relation affective. Mais, selon lui, (et ainsi se révèle un des points faibles de la démonstration) le facteur du succès dans l’entreprise analytique demeure la suggestion, en donnant à ce terme le sens d’une nécessité qui sauvegarde l’indépendance du patient.
Nous pouvons, par ailleurs, comprendre mieux la présence simultanée d’un transfert négatif et d’un transfert tendre ayant pour objet la même personne en faisant appel au concept d’ambivalence qui va être à son maximum dans la névrose obsessionnelle.
Mais, souligne Freud, ce n’est pas tout : en effet les émois inconscients tendent à échapper à la remémoration voulue par le traitement et cherchent à se reproduire et le patient va tenter de mettre en acte ses passions sans tenir compte de la situation réelle. À l’inverse, le médecin cherche à le contraindre à intégrer ces émois dans le traitement et dans l’histoire de sa vie, à les soumettre à la réflexion et à les apprécier selon leur réelle valeur psychique. »
Et Freud finit son article en rappelant que nul ne peut être tué « in abstentia » ou « in effigia ».
Ce résumé représente le premier état de la pensée de Freud concernant le transfert, état à partir duquel quelques traits vont se trouver accentuer et conduire les post-freudiens à de véritables impasses comme on verra plus loin. En nous arrêtant un moment sur cet article nous pouvons sans peine en saisir la conception latente qui oriente cet exposé doctrinal et nous apercevoir que pour Freud :
1° Le transfert est un phénomène fréquent et régulier et toute revendication à l’endroit de la personne du médecin est un transfert.
2° Le mécanisme général du transfert suppose : dans le passé, le refoulement d’un désir ;dans le présent et dans la relation au médecin, l’éveil du même effort qui originellement avait forcé le patient à se détourner de ce désir. De sorte que le mécanisme du transfert est une «connexion fausse, une mésalliance.
On voit bien, selon Safouan à qui j’emprunte l’essentiel de cette argumentation, qu’une conception implicite se formule ainsi qui réfère le désir refoulé, celui dont la répétition constitue le transfert, à une figure originaire, dont la place est alors usurpée par la personne du médecin. Du même coup et aussi implicitement, Freud pose d’une façon particulière la question du désir et de son objet. Si on distingue avec lui la pulsion et l’objet, se pose le problème du peu de valeur de l’objet donné au regard de la pulsion puisque, dans le transfert, il y a substitution d’un objet quelconque (n’importe quel analyste fait l’affaire) à l’objet originaire.
C’est que l’objet, fut-il premier, ne vaut que pour une autre chose qui lui confère son attrait et sa valeur. Quelle est cette autre chose ? On touche là, dans l’analyse, au repérage d’un certain inconnu, un X qui se dérobe et qui n’en est pas moins constitutif du noyau de l’être.
Freud, en découvrant l’ICS, n’a pu le concevoir que comme l’effet d’un refoulement secondaire s’exerçant sur un désir conscient qui suppose un objet intentionnel au sens de l’objet commun apparaissant dans le champ de la perception.
Mais très vite le voilà conduit à reconnaître au fantasme inconscient les pouvoirs pathogènes qu’il attribuait auparavant au traumatisme et poser l’existence d’un refoulement originaire. Mais alors se crée un hiatus entre une théorie du transfert comme substitution de personne- où se trouve éludée la question qui est celle du sujet sexué- et une théorie du fantasme comme principe réel du transfert.
Nous voyons ainsi que les différentes manières d’articuler le transfert et le fantasme entraînent à des conclusions qui sont autant de lignes de partage.
1° Le transfert ne réside pas dans la substitution d’une personne -l’analyste- à une autre mais dans l’ouverture qu’il produit sur le fantasme du sujet. De sorte que la résistance qui semble liée intrinsèquement au transfert n’est autre qu’une résistance à la théorisation précipitée du transfert comme substitution ou répétition, c’est-à-dire en fait, à la suggestion.
2° Si Freud parvient à jeter une lumière éclatante sur le transfert en tant que phénomène libidinal de structure imaginaire, l’objet du fantasme reste énigmatique et la répétition en jeu un ratage répété.
3° À concevoir l’antériorité des phénomènes comme historique et non structurale par rapport à l’objet du fantasme nommé plus tard <a> par Lacan, Freud ne peut que ramener le transfert à la répétition d’une expérience, ce qui le conduit à une impasse concernant la fin de l’analyse.
Si nous prenons en considération le contexte historique de la découverte freudienne et les conditions précises de son avènement, nous ne pouvons pas ne pas nous intéresser de prés à la première observation d’une psychanalyse qui n’est pas, comme vous le savez sans doute, l’œuvre de Freud mais de Breuer et de sa patiente Anna O.
De son vrai nom Bertha Pappenheim, elle s’est illustrée dans l’histoire de l’Allemagne, en créant l’Assistance Sociale et fut à ce titre, bien que Juive, épargnée par les nazis. La première surprise que nous réserve cette célèbre observation est que, à aucun moment, il n’est question de sexualité ni d’aucune de ces questions gênantes entre Anna O. et Breuer et tout se déroule au mieux, sans obstacle comme une « Chimney-cure » que rien ne contrarie. L’entrée de la sexualité se fera du côté de Breuer, du côté de son entourage plus précisément où on commence à s’inquiéter de son intérêt un peu trop vif pour sa patiente. Là-dessus le cher homme, bon époux et notable viennois, trouve que ça suffit comme ça et Anna O. se met à manifester dramatiquement la présence de ce qu’on appelle pseudo-cyesis ou grossesse nerveuse.
Et que montre t’elle alors ? Un symptôme. Le faux ballon est un symptôme et selon la définition du signe, représente quelque chose pour quelqu’un et est à distinguer du signifiant qui représente un sujet pour un autre signifiant. La question se pose alors de savoir à qui tenait ce désir d’enfant, Breuer ou Anna O. ?, illustrant ainsi la thèse selon laquelle le désir c’est le désir de l’Autre.
La suite de l’histoire confirmera cette idée puisque, à la suite de la rupture avec Anna, Breuer part à Venise avec sa femme et s’empresse de lui faire un enfant qui aura un destin tragique : elle se suicidera à l’entrée des nazis à Vienne.
En traitant ainsi Breuer comme un hystérique « ce n’est pas ton désir, c’est le désir de l’autre », pour on s’en doute, ne pas se couper de lui et profiter de son prestige et de son autorité, Freud va précipiter les analystes vers une conception faussée du transfert pour que, au dernier terme de l’absurdité, certains en viennent à le considérer comme une défense de l’analyste.
Il y a d’autres enseignements à tirer de ces premières analyses menées par Freud et dont les comptes rendus nous sont parvenus dans leur fraîcheur. Dora ou l’homme aux rats nous permettent ainsi de nous faire une idée plus précise des théories implicites ou explicites qu’il est amené à se forger pour rendre compte des phénomènes et des difficultés rencontrées dans ses cures.
Ainsi pour la fin prématurée de l’analyse de Dora, Freud va donner deux explications différentes précisément liées à deux conceptions du transfert.
La première de ces explications est celle selon laquelle Freud, tout en ayant noté le transfert que Dora avait opéré de Mr K sur sa personne, n’a pas interrogé Dora à temps sur les raisons de ce transfert ou sur l’inconnu qu’elle avait trouvé en sa personne et qui avait du, selon lui, motiver ce transfert.
La deuxième raison qu’il ajoutera plus tard tient à son « désarroi complet » dans lequel il se trouvait avant d’apprendre à apprécier l’importance des attaches homosexuelles de Dora à Mme K ou encore, faute de reconnaître sa gynécophilie, et par là, le rôle du fantasme.
N’oublions pas que pour Freud « les symptômes de la maladie sont très exactement l’activité sexuelle des malades ».
C’est donc dans les symptômes de Dora que nous devons trouver les directions libidinales aptes à nous orienter. En résumé ces symptômes se regroupent en trois parties :
1° Des symptômes qui ressortissent aux identifications de Dora aussi bien masculines que féminines et donc narcissiques.
2° Des symptômes dont le siège est la zone érogène orale : aphonie, toux nerveuse, dégoûts.
3° Des symptômes liés à l’auto-érotisme (énurésie, perte blanches).
Comment combiner cette triple activité libidinale : narcissique, pulsionnelle (objectale) et autoérotique avec les explications fournies par Freud sur la fin prématurée de cette analyse ?
La première explication donnée par Freud - celle d’un transfert de Mr K. à Freud lui-même -suppose un désir génital déjà constitué chez Dora et Freud va donc interpréter l’aphonie de Dora - liée en apparence à l’absence de Mr K. - conformément à l’hypothèse que lui, Freud, a échafaudée concernant ce qu’elle refoule. Et Freud va tenter d’imposer cette hypothèse qu’il a lui-même forgée, ce que sa patiente ne va justement pas avaler, parce que ce qu’il s’agit de reconnaître chez Dora c’est « l’incapacité de répondre à la demande réelle de l’amour car ce à quoi aspirent le plus fortement les névrosés dans leurs fantasmes, ils le fuient dès que la réalité le leur offre ».
Car, loin que Dora ait eu un désir constitué où s’assumerait son sexe de femme, son incapacité venait justement de ce que son désir était ailleurs, mais où ? Probablement sacrifié à la jouissance de sa position de soutien du désir défaillant du père ce qui la condamnait à subir la fascination homosexuelle pour le beau corps « d’une blancheur adorable » de Mme K.
Freud va essayer de tirer de la critique de ses erreurs durant la cure de Dora, un nouveau progrès dans la compréhension des phénomènes et dans la technique de l’analyse. C’est ainsi que dans un article de 1923 intitulé « Post-scriptum sur les transferts », il met l’accent sur la non-reconnaissance de l’ouverture que produit le transfert sur l’objet du fantasme, en l’occurrence l’objet oral. Freud y affirme aussi que lors du traitement psychanalytique, la formation de nouveaux symptômes s’arrête invariablement et est remplacée par la création d’autres structures inconscientes, les transferts.
Que sont ces transferts se demande Freud ? Il va d’abord chercher à les définir puis à concevoir quelles conséquences techniques découlent de cette définition et quel effet thérapeutique en est attendu.
Nous avons déjà vu ce qu’il en est de la définition générale : ce sont de nouvelles éditions de tendances et de fantasmes inconscients mais qui doivent être réveillés et rendu conscient à mesure que l’analyse progresse. Ce qui a été vécu est ainsi re-vécu par le médium de la substitution du médecin à la personne antérieure.
La conséquence technique, c’est la priorité qui, dès lors, doit être accordée dans toute analyse à l’interprétation des transferts pour éviter aux patients la tentation de la fuite face à l’objet réactualisé des tendances agressives ou libidinales. Quant à l’effet thérapeutique, il est celui attendu de toute « prise de conscience ». Mais alors une différence de taille s’établit dans le travail de l’analyste entre l’interprétation des transferts et celle des rêves.
Pour les rêves, il est facile d’apprendre les procédés de la traduction puisque « c’est le malade lui-même qui en donne toujours le texte. Mais le transfert doit être deviné sans le concours du malade, selon de légers signes et sans pêcher par arbitraire ». Mais qu’est-ce qui permet à l’analyste d’être sûr de ne pas succomber à ce pêché ?
On voit bien où le bât blesse et aussi comment « interpréter un transfert » revient en fait à appliquer à la direction de l’analyse un savoir extérieur, dogmatique, un savoir de théoricien en perdant le fil de la parole de l’analysant.
Car de fait, ce qui s’appelle « résistance à l’interprétation du transfert », telle que Freud nous en propose les termes, n’est que résistance aux préjuges de l’analyste et pour tout dire à la suggestion.
Au total, Freud se fait à ce moment là, l’idée suivante de la façon dont procède le progrès thérapeutique dans une cure :
l’analyste interprète, le patient rejette son interprétation, mais cette interprétation éveille néanmoins des souvenirs et des fantasmes passés que le Moi ne veut pas admettre, et ceux-ci vont se reproduire sous une forme agie dans le transfert au médecin. Puis l’interprétation du transfert supprime la résistance qui s’opposait jusque-là à leur assomption et persuade le patient de la véracité de l’interprétation auparavant rejetée.
Dans l’analyse de l’Homme aux rats telle qu’elle a pu être complétée avec « le Journal d’une Analyse » où Freud a recueilli ses notes prises au jour le jour, on peut approcher de plus près l’idée que Freud se fait du transfert à ce moment là. On s’aperçoit ainsi que le terme de transfert est employé par le patient lui-même dans un contexte particulier : il vient de faire part à Freud de la formule de protection qu’il s’est créée (Gléjisamen) que Freud comprend, « pour parler vulgairement qu’il se masturbe en se la représentant ».
A la séance suivante, le Dr Lehrs qui à admis cette interprétation se montre fort réticent à parler « car il s’agit de transfert ». Plus exactement il s’agit de la fille de Freud.
Devant sa réticence à parler, Freud cherche à inciter son patient à ne pas se détourner de son transfert. Devant son insistance le patient lui rétorque qu’il a l’impression qu’il s’agit plutôt de l’angoisse de l’analyste puis lui livre deux représentations de femmes nues : une avec des poils pubiens couverts de lentes, l’autre dans laquelle le corps nu de la mère de Freud est exposé pendant que son fils et ses enfants dévorent son sexe. Mais il est clair, si on en croit Safouan, auteur de cette reconstitution, qu’il y va d’une question plus immédiate qui s’adresse à Freud personnellement et est en rapport avec son interprétation du fantasme masturbatoire.
En ce qui concerne le deuxième fantasme, Freud va l’interpréter comme l’idée ascétique selon laquelle la beauté d’une femme serait dévorée par le rapport sexuel et l’enfantement.
Nous avons ici, selon Safouan « une interprétation exemplaire du transfert au sens où ce terme désigne non pas une relation entre deux personnes mais un désir naissant sous la forme d’une question adressée à l’analyste, mettant par la même le désir de ce dernier à la question ».
La troisième représentation est celle d’un rêve : « la mère de Freud est morte ; l’homme aux rats lui présente ses condoléances mais craint d’être saisi par le rire impertinent qu’il a eu en maintes occasions de ce genre et préfère laisser sa carte en y écrivant P. C. (pour condoléances), mais à mesure qu’il écrit les lettres se transforment en P. F. (pour féliciter).
Au récit de ce rêve, Freud va s’y prendre de façon différente, ce qui nous vaut le dialogue suivant:
__ « N’avez-vous jamais pensé que, par la mort de votre mère, vous échappiez à tous les conflits, puisque vous pourriez vous marier ? » lance Freud.
__ « Vous êtes en train de vous venger de moi » répond l’Homme aux rats.
__ « Vous m’y forcez parce que vous voulez vous venger de moi »
On sent bien la différence entre les deux types d’intervention et on peut, sans forcer la note, mettre en relation celle qui précède avec l’idée qui était intolérable à Freud : mourir avant sa mère.
En d’autres termes, l’existence chez Freud d’un désir équivoque et superposable à celui de son patient, l’amène à oublier la règle la plus élémentaire concernant l’interprétation des rêves qui est de ne jamais interpréter un rêve sans faire appel aux associations du patient.
C’est justement après cet échange du tac-au-tac que le Dr Lehrs a commencé à se comporter comme un désespéré, s’agitant en tous sens comme pour réaliser une dramatisation active de la relation qu’il entretenait avec l’image de son père où son Moi était aliéné.
La suite nous montrera le Dr Lehrs en proie aux angoisses liées à un complexe de castration jamais résolu et qui le fera considérer son analyste avec un stature trop grande pour lui permettre de se réconcilier avec son manque à être. Il finira par trouver une mort plus ou moins voulue pendant la guerre de 14-18.
Pour en terminer avec cette phase freudienne des premières élaboration du concept de transfert, nous prendrons appui sur une autre des observations de Freud connue sous le titre de
« Psychogenèse d’un cas d’homosexualité féminine ». Il s’agit d’un cas bien connu, mais qui, repris et commenté par Lacan, nous permet de mieux saisir le type de difficultés rencontrées par Freud.
Il s’agit d’une jeune fille de bonne famille à qui il arrive des chose assez extraordinaires pour qu’on ait recours à Freud ce qui, en ces temps-là, devait témoigner d’un assez grand trouble.
En effet cette jeune fille belle et intelligente se met à courir après une personne de dix ans son aînée, une demi-mondaine. L’attachement de la jeune fille va se révéler au fur et à mesure comme véritablement passionnel et provoquer une réction de rage du père qui n’est pas pour rien dans la manière dont elle mène son affaire. En effet rien ne la détourne de poursuivre ses assiduités en s’affichant publiquement, manifestant ainsi une sorte de défi tranquille à l’égard du père alors que la mère semble ne pas prendre cette affaire au sérieux.
On vient alors demander à Freud d’arranger cela. Celui-ci commence par relever les difficultés qu’offre une telle entreprise quand le traitement n’est pas demandé par la personne qui souffre mais par son entourage. Mais il relève le pari et s’engage dans le traitement de cette jeune fille.
Il publiera ce cas, explique-t’il, en sachant que le traitement n’a pas changé grand chose au destin de cette jeune fille, mais parce qu’il lui a permis de voir très loin dans la psychogenèse de ce trouble.
Il commence par nous dire que, jusqu’au moment où cet attachement est apparu, rien ne donnait à penser que son développement pût s’orienter du côté de l’homosexualité.
Cependant les circonstances qui ont présidé à la consultation chez Freud sont tout à fait particulières : un jour qu’elle se promenait avec son amie sous les fenêtres de la maison paternelle, elle rencontre son géniteur qui, en présence d’autres personnes, lui lance un regard furibond et s’en va. La Dame demande alors qui est cet homme : « C’est papa et il n’a pas l’air content »répondit-elle. La Dame qui ne veut pas de complications et qui supporte plus ou moins cette cour assidue lui répond que dans ces conditions, elles ne peuvent plus se revoir.
Et la jeune fille de se jeter d’un pont de chemin de fer au risque de se rompre les os. Elle en réchappe et vient chez Freud dans ces circonstances, plus ou moins forcée par l’insistance du père, lui-même ami de Freud.
Nous n’insisterons pas sur la pathogenèse du cas qui a fait l’objet d’un commentaire très complet de Lacan dans le séminaire « La relation d’objet ». Ce qui nous retiendra est le fait que Freud tente d’expliquer, de façon à nous servir d’exemple, en quoi la situation a été sans issue à l’intérieur du traitement.
Pour autant, dit-il, « que la résistance n’a pas été vaincue, tout ce qu’on a pu dire à la patiente n’a rien fait que l’intéresser énormément mais sans qu’elle abandonne le moins du monde ses positions dernières. Et Freud de comparer les réactions de la jeune fille à celles de la dame à qui l’on montre divers objets et qui, à travers son face à mains dit : « comme c’est joli !».
Cependant il signale que dans les rêves de la patiente on ne peut manquer de trouver trace de signes de transfert.
Ainsi, parallèlement aux déclarations non ambiguës que la patiente lui fait sur sa détermination à ne rien changer à ses comportements vis-à-vis de la Dame, ses rêves annoncent un étonnant refleurissement de l’orientation la plus sympathique comme l’attente de la venue d’un bel époux et d’un bel enfant qui couronnerait une union scellée par le plus profond amour. Le caractère idyllique mais forcé de telles déclarations aurait pu tromper quiconque mais Freud ne tombe pas dans le panneau. Il y voit un transfert, une duplication de cet espèce de jeu de contre leurre qu’elle a mené en réponse à la déception du père. Car elle n’a pas fait que le provoquer et le mettre au défi ;elle lui a fait aussi des concessions comme s’il s’agissait seulement de lui montrer qu’elle le trompait. Et Freud reconnaît ainsi qu’elle reproduit le jeu cruel qu’elle a mené avec le père qui constitue sa position fondamentale.
« Je crois que l’intention de m’induire en erreur était un des éléments formateurs de ce rêve. C’était aussi une tentative de gagner mon intérêt et mes bonnes dispositions, probablement pour me désillusionner d’autant plus profondément ».
On sent bien que Freud impute au sujet l’intention de le captiver pour le faire ensuite tomber de tout son haut, de d’autant plus haut qu’il aurait été pris dans la situation.
L’accent de cette phrase permet de penser que Freud est aux prises avec un contre-transfert. Il semble cependant s’égarer en ne retenant que le fait qu’un rêve soit trompeur et le voilà qui se lance dans une discussion pour savoir à quoi on peut se fier si l’inconscient aussi nous ment !
Mais le fond de la question apparaît au grand jour : à savoir que l’ICS est le rapport du sujet à l’Autre comme tel et ce rapport implique la possibilité de son accomplissement au niveau du mensonge.
Freud perçoit tout cela mais quelque chose lui échappe à savoir qu’il s’agit d’un vrai transfert et que la voie lui est ouverte à l’interprétation du désir de tromper. Mais au lieu de prendre cette voie que fait-il ? Il prend la chose comme dirigée contre lui. Pourquoi ?
« C’est aussi une tentative pour me captiver, m’embobiner, de faire que je la trouve jolie ». Cette citation nous montre bien comment Freud n’est pas libre en cette affaire comme pour Dora. En posant ainsi que le pire lui est promis, ce qu’il veut éviter, c’est de se sentir lui-même désillusionné. C’est dire qu’il n’est pas loin de se faire des illusions et, à se mettre en garde contre ses illusions, déjà il est entré dans le jeu, il réalise le jeu imaginaire et le fait devenir réel puisqu’il est pris dedans.
Comment alors va-t’il interpréter la chose ? Il dit à la jeune fille qu’elle a l’intention de le tromper comme elle a coutume de le faire avec son père. Son contre-transfert aurait pu alors lui servir mais à la condition qu’il n’en soit pas un, c’est-à-dire que lui-même n’y croie pas, qu’il n’y soit pas embarqué. Mais dans la mesure où il y est, où il interprète trop précocement, il fait entrer dans le réel le désir de la jeune fille, alors précisément que ce n’était qu’un désir et non pas une intention de le tromper. Il donne ainsi corps à ce désir en lui donnant un statut symbolique.
Nous pouvons mieux voir ainsi les conséquences néfastes induites par une pratique analytique qui ne distingue pas entre les registres imaginaire et symbolique. Au lieu de révéler les dessous d’un discours menteur qui suppose un destinataire qui ne s’y laisse pas prendre, Freud donne corps et cristallise le conflit provoquant l’interruption du traitement.
Les trois observations qui précèdent nous permettent de saisir comment une conception décentrée du transfert provoquent une rupture prématurée du lien : dans le cas Dora, prendre pour du symbolique(désir pour Mr K) ce qui est de nature imaginaire (rapport spéculaire à l’image de Mme K) ; dans la jeune homosexuelle, l’inverse : prendre pour de l’imaginaire (manœuvre séductrice) ce qui est de nature symbolique (mensonge et tromperie / à la vérité comme question adressée à l’Autre).
Nous voici ainsi amenés à aborder la question du transfert telle que Lacan va l’élaborer tout au long de son enseignement. Ce qui rend la question complexe est qu’il nous faut envisager le cadre général que constitue son abord des théories freudiennes, pour y situer les coordonnées propres au transfert. En d’autres termes comment re-situer le concept de transfert à l’intérieur de l’effort accompli par Lacan visant à faire retour à Freud et au vif de l’expérience de l’ICS qu’il a inauguré.
Remarquons tout d’abord qu’il ne s’agit pas simplement d’un travail de « purification » des concepts à partir de l’état dans lequel les aurait laissé un Post-freudisme soumis aux influences pernicieuses d’une Ego-Psychologie qui est parvenu à défigurer tous les éléments d’une opérativité psychanalytique légués par Freud.
Il ne s’agissait pas simplement pour Lacan de désincruster la théorie et la pratique des dépôts impurs que les continuateurs de Freud ont laissé s’accumuler au fur et à mesure du déroulement de l’expérience, pour retrouver la « pureté » d’une théorie d’origine qui, dès lors se retrouverait en position de dogme. On assiste bien plutôt à l’effort accompli par Lacan pour retrouver, dans un nécessaire retour à Freud, le vif d’une expérience qui permette d’appliquer aux propres productions de Freud la méthode d’analyse qu’il a initié. Retour critique à Freud que Lacan a pu mettre en œuvre tout au long de son parcours et qui lui a permis de soutenir, à l’inverse de ses élèves lacaniens, qu’il était et demeurait Freudien.
Mais il n’en a pas toujours été ainsi et du départ a-freudien pris dans son rapport à la psychose et de sa conversion au freudisme, il en est résulté une véritable démarche critique empreinte de courage, débarrassée de ses aspects dévotieux les plus paralysants pour la pensée, et qui sait reconnaître ses dettes.
Mais la difficulté à laquelle nous nous heurtons n’est pas mince qui pousse un Safouan a avouer qu’il est incapable de donner un exposé intelligible de la théorie du transfert chez Lacan en faisant abstraction de l’étude de tous les écrits antérieurs tels que le Discours de Rome et la Direction de la Cure. Nous allons donc entrer progressivement dans la question du transfert selon Lacan et son rapport au désir de l’analyste.
On ne peut guère éviter de parcourir ne serait-ce qu’à grandes enjambées, les étapes successives des constructions lacaniennes pour s’apercevoir que si Lacan a pris du temps pour aborder la question du transfert c’est qu’ il n’y a pas de théorie possible de celui-ci sans une théorie de l’objet du fantasme et de ses relations avec l’Idéal du moi et le Moi-idéal.
Dans les années 20 déjà, les analystes avaient constaté l’inefficacité de leurs interprétations qui assimilaient le transfert à une projection ou un déplacement sur la personne du médecin. Force était de constater que leur savoir fermait l’inconscient au lieu de l’ouvrir mais, à partir de cette constatation, ils ont parlé de résistance et ils ont centré leur technique sur l’analyse de cette résistance
S’ils avaient mieux lu Freud, ils auraient pu s’épargner cette dérive et s’apercevoir que pour lui, en effet, les associations libres conduisent vers la révélation du noyau pathogène : le fantasme. Pour lui toujours, le moi se met en travers de ce progrès et des lors, l’interprétation doit se faire au moment où le sujet est sur le point de saisir la vérité de son désir articulée au fantasme.
On sait mieux depuis lors que la théorie du fantasme concerne le rapport du sujet à l’objet du fantasme à la fois causal et identificatoire : le sujet êtant à la fois cet objet qui le détermine et le divise.
Vous le savez, la première distinction introduite par Lacan concerne les trois registres du sujet : Imaginaire, Symbolique, Réel. Mais une autre distinction mérite d’être relevée qui différencie le transfert de la répétition, tant il est vrai que la psychanalyse c’est l’analyse du transfert. Dans cette voie la psychanalyse didactique s’impose comme la forme parfaite qui éclaire la nature de la psychanalyse tout court d’y apporter une restriction : l’abandon du souci thérapeutique ou du moins sa suspension ont permis de mettre en question le sujet.
Dés le DISCOURS DE ROME, a été établi la nécessaire distinction du Moi et du Sujet.
Le Moi est frustation par excellence « non d’un désir mais d’un objet où le désir est aliéné » d’où découle la conception d’une agressivité liée à une anticipation aliénante qui fonde le registre de l’imaginaire où se modèle le Moi.
Introduire le Sujet revient alors à prendre acte de l’existence de la parole en tant qu’un sujet s’y réalise et le mouvement propre de l’analyse conduit le Sujet, à partir d’un discours dont les significations dépassent les intentions à reconnaître un désir refoulé et à l’assumer.
Le discours analysant se présente ainsi comme une restructuration de l’évènement passé, déjà pris dans une structuration première. Cette restructuration équivaut à la naissance de la vérité dans le discours ou à l’émergence de la vérité dans le réel. Mais la vérité de cette révélation, c’est parole présente qui en témoigne dans la réalité actuelle, c’est-à-dire le transfert.
Mais telle est la dépendance du sujet par rapport au discours où son être initialement s’inscrit, que la parole intentionnelle où il se pose comme ayant été ainsi, inscrit toujours dans son chiffre le message de l’Autre que le sujet reçoit sous une forme inversée : « je suis » n’étant que la reprise inversée de ce qui s’énonce dans le langage comme « tu es ».
L’allocutaire du « ayant - été - ainsi » de l’analysant n’est pas le récepteur banal de la théorie de la communication mais le troisième terme que Freud a mis en évidence dès le « Mot d’esprit. » et qui est la préfiguration du Grand Autre.
Il va s’en déduire une définition de l’inconscient comme « cette partie du discours concret en tant que trans-individuel qui fait défaut à la disposition du sujet pour rétablir la continuité de son discours conscient ».
Dès lors, le rapport entre la remémoration et la résolution du symptôme se formule ainsi :
a) la remémoration (soit la vérité historique) conditionne l’accès du sujet au sens de son symptôme (la vérité du désir)
b) la proximité du sujet au sens de son symptôme conditionne la remémoration.
C’est que le rapport de l’analysant avec son récit relève d’une temporalité qui le transforme en épopée dans laquelle l’origine se trouve modifiée en fonction des nécessités à venir comme l’indique cette fameuse citation où Lacan fait dire à un analysant : « Je n’ai été ceci que pour pouvoir devenir ce que je ne puis cesser d’être ».
Remarquons en outre que la certitude d’une vérité historique repose sur le rapport à ce qu’il y a de plus imprévu chez le sujet : les signifiants de son désir inconscient. C’est ainsi qu’apparaissent les prémisses d’une première évaluation critique de la place du savoir et du Sujet Supposé Savoir dans la rétrospective historique à laquelle se livre l’analysant où ce savoir se dissipe en généralités et en simple opinion s’il n’est pas inscrit « dans la conjoncture du moment particulier qui seul donne corps à l’universel. »
On voit ainsi s’élaborer une ébauche du sujet telle que l’ICS en rend nécessaire l’hypothèse comme effet du langage et se distinguant de l’individu et l’ek-centrant.
Des lors peut se mettre en évidence l’insuffisance de la notion de « prise de conscience » au profit de l’effet du maniement du symbole ou de la métaphore, effet in-su du sujet. L’interprétation analytique n’est pas un herméneutique au sens d’une donation d’un sens caché, mais une interprétation au plan du signifiant.
« L’illusion de la connaissance n’est autre que celle par laquelle le sujet croit que sa vérité est en nous déjà donnée, que nous la connaissons à l’avance et c’est aussi bien celle par laquelle il est soumis et béant à notre intervention objectivante ». Ainsi se trouve déjà repéré ce qui va par la suite prendre toute sa place dans la théorie du transfert, le S. S. S.
Dans VARIANTES DE LA CURE TYPE Lacan aborde la question de la fin de l’analyse concernant le Moi et son identification au Moi de l’analyste posée comme fin souhaitable. Liée à cette 13 dérive de l’Ego-Psychologie se trouve abordé le problème de ce que devient le savoir de l’analyste quand il suit le précepte de Freud d’avoir à tout oublier de ce qu’il croit savoir. Comment faire alors pour s’orienter malgré cet oubli nécessaire ? Et alors où situer le vrai sujet, celui auquel on donne accord et foi ? A ce point Lacan va introduire une distinction importante entre le discours constitué, c’est-à-dire intentionnel, où le Moi se présente sous les couleurs qui lui agréent et la parole vraie qui perturbe l’économie de ce discours et où, le peintre, d’être invisible, ne se fait pas moins entendre. Cette distinction une fois introduite, Lacan va pouvoir revenir sur le tournant effectué dès 1920 qui avait conduit les analystes de l’époque à mettre l’accent sur « l’analyse de la résistance » par opposition à « l’analyse du matériel », le matériel représentant ici l’ensemble des phénomènes où réside le secret du symptôme et de la sémantique psychanalytique : rêves, actes, etc… tout ce qui se situe sur l’autre chaîne.
En fait, la résistance atteste de la difficulté que le sujet a à dire ce qu’il a à dire du fait de l’interposition d’un discours où son Moi s’est constitué et ouvre sur la question : Qui résiste ?Et c’est d’avoir éludé cette question que les analystes post-freudien ont été amenés a faire le pas suivant jusqu’à la confusion de la résistance et de la défense du Moi.
Les déviations pratiques qui en découlent ne sont pas minces :
1) conception du traitement comme un attaque visant l’analyse de l’agressivité.
2) accent mis sur la défense au point de ne plus distinguer de profondeur.
3) le recours à une forme d’interprétation qui relève toujours plus du savoir appris de l’analyste et qui n’agit que comme une suggestion à laquelle la dimension de la vérité reste étrangère.
Une telle façon d’opérer repose sur la relation d’un Moi à un autre Moi, relation spéculaire qui peut se multiplier à l’infini pour finir par se réduire au seul Moi de l’analyste. Mais alors surgit la question : Que doit être le Moi de l’analyste ? qui se double de la question : quelle est la fin de l’analyse concernant le Moi ? On comprend mieux alors l’insistance de Lacan à mettre en place, contre vents et marées, le dispositif de la Passe.
Lacan établit ainsi le rapport entre registre spéculaire, agressivité, et pulsion de mort pour définir la position de l’analyste comme celui qui devrait « avoir dépouillé l’image narcissique de son Moi de toutes les formes du désir où elle s’est constituée, pour la réduire à la seule figure qui, sous les masques la soutient, celle du Maître Absolu : la Mort ». Mais la Mort n’est pas un objet dont on peut avoir l’intuition et l’analyste, comme tout un chacun, n’en peut rien savoir, sauf qu’il est un être promis à la mort. Le résultat comme analyste, ne sera pas un savoir de la mort, mais seulement ceci, qu’un savoir, intuitif ou construit, ne peut avoir sa préférence pour qu’il en fasse un pouvoir. D’où découle la question qui suit : que doit savoir dans l’analyse l’analyste ?
Une première approche nous permettrait de dire : il doit ignorer ce qu’il sait c’est-à-dire parvenir à cette ignorance qui ne s’obtient qu’au prix d’un autre savoir que celui qui est à oublier. Il s’agit sans aucun doute de distinguer d’une connaissance livresque qui a ses vertus mais qui ne sert plus à grand-chose dès lors que l’analyste se met en fonction, un savoir déposé au cours de l’analyse de l’analyste qui le rend apte à reprendre le flambeau d’un acte à venir pour un autre.
Nous ne pouvons pas nous contenter d’une approche aussi générale que de définir ce savoir comme un savoir-écouter, car immédiatement se pose la question : Qu’est-ce que la parole ?
Pour indiquer sans nous appesantir l’axe de la réflexion Lacanienne, nous isolerons la citation suivante : « La parole apparaît d’autant plus vraiment une parole que sa vérité est moins fondée dans ce qu’on appelle l’adéquation à la chose.
La vraie parole s’oppose ainsi paradoxalement au discours vrai leur vérité se distinguant par ceci que la première constitue la reconnaissance par les sujets de leur Etre en ce qu’ils y sont intéressés tandis que la seconde est constituée par la connaissance du réel en tant qu’il est visé par le sujet dans les objets… La vérité de la parole apparaît ainsi détachée de toute objectivité par laquelle le sujet pourrait croire trouver un réel alors que son être est strictement subordonné à la loi de la reconnaissance. Dès lors la suggestibilité ne repose pas uniquement sur sa racine imaginaire qui isole un idéal du moi mais apparaît comme liée à une soif d’obéissance qui provient du fond de l’Etre et qui est inconcevable sans le langage ».
« Si donc la condition idéale s’impose pour l’analyste que les mirages du narcissisme lui soient devenus transparents, c’est pour qu’il soit perméable à la parole authentique de l’autre dont il s’agit de comprendre comment il peut la reconnaître à travers son discours.
Mais cette condition idéale n’est remplie qu’au prix d’une reconnaissance et d’une assomption du « contraste existant entre les objets proposés à l’analyste par son expérience et la discipline nécessaire à sa formation ».
La psychanalyse étant une pratique subordonnée, par distinction au plus imprévu chez le sujet, le savoir de l’analyste ne peut être que le symptôme de son ignorance.
Arrivé à ce point où s’affirme l’identité de l’universel et du particulier, et en excluant toute prétention à saisir la vérité grace à une connaissance du développement et du registre de l’imaginaire qu’on s’évertue à en déduire, la doctrine Lacanienne du transfert devait sous peine de se limiter à une critique négative, jeter un nouvel éclairage sur l’imaginaire propre au désir et son articulation avec le symbolique soit approfondir les effets du Nom-Du-Père sur le sujet
LE SEMINAIRE SUR LE TRANSFERT
Dans ce travail Lacan commence par poser le cadre de son interrogation en situant la disparité subjective –son imparité-, la fausseté de la situation et le fait que les impératifs techniques nécessite une juste topologie, car au commencement confus de l’expérience analytique fut… l’amour comme on l’a bien vu dans l’analyse d’Anna O. par Breuer.
Il va continuer sa réflexion en situant l’énonciation freudienne par rapport à l’histoire de la pensée morale comme dénonçant la fallace des satisfactions morales, pour autant qu’une agressivité s’y dissimule qui, tout en dérobant à celui qui l’exerce sa jouissance, répercute sans fin sur ses partenaires sociaux son méfait.
Avec Freud, on doit se demander par quels moyens opérer honnêtement avec les désirs, c’est-à-dire comment préserver le désir dans l’acte, la relation du désir à l’acte ? Comment préserver du désir à l’acte une relation simple et salubre alors que le plus ordinairement le désir trouve dans l’acte plutôt son collapsus que sa réalisation ou, au mieux l’acte ne présente au désir son exploit, sa geste héroïque ?
Dans cette exploration d’une généalogie de la mémoire, Lacan va se tourner vers Socrate et son secret.
Remarquons en préalable que contrairement à Socrate chez qui la référence à la beauté des corps est constante, dans la situation analytique il est rare que la beauté de l’analyste entre pour quelque chose. Bizarrement aussi le confinement d’une situation la plus fausse qui soit n’entraîne une quelconque tentation que de façon exceptionnelle. Il n’en demeure pas moins que la situation de l’amour chez Freud reste précaire et menacée presque clandestine et dans le cadre le plus protégé qui soit,
le cabinet de l’analyste, s’avère carrément paradoxale. À l’extrême on peut dire que le patient s’isole avec nous pour apprendre ce qui lui manque et par la nature du transfert ce qui lui manque il va l’apprendre en tant qu’Amant. Dès lors si je ne suis pas là pour son bien, j’y suis pour qu’il m’aime. Dois-je leur apprendre à aimer ?s’interroge Lacan qui précise bien qu’on ne peut en éluder la nécessité dans le sillage même de Freud qui en a toujours fait un but de l’analyse. Mais alors il nous faudra bien distinguer entre ce que veut dire Aimer et ce qu’est l’Amour, les deux ne se confondant pas.
Il est surprenant, nous fait alors remarquer Lacan, que les débats sur l’Amour qui ont occupé les penseurs durant des siècles n’aient guère été alimenté de quelques révisions ou additions que se soit par les psychanalystes. Sur cette constatation, Lacan va prendre son départ pour élucider la structure de l’Amour dans une œuvre majeure : LE BANQUET.
Il s’agit d’une cérémonie réglée par des rites bien fixés, un concours entre gens de l’élite, un jeu de société où chaque participant apporte son concours sous la forme d’un petit discours respectant un cérémonial précis. Mais avant la fin de la réunion surgit un groupe de gens ivres : Alcibiade et se compagnons et cet Alcibiade se met à tenir des propos proprement scandaleux. Auparavant, dans la progression des discours on peut remarquer que chaque contribution permet d’éclairer celle qui précède jusqu’à l’irruption d’Alcibiade.
Le sujet proposé aux convives du Banquet est le suivant : A quoi cela sert-il d’être savant en amour ? Nous savons que Socrate prétend n’être savant en rien d’autre et que ce savoir lui a été transmis par une femme, Diotime. Remarquons en passant que la même métaphore a été utilisée par Freud quelques siècles plus tard lorsqu’il affirme que ses patientes lui ont tout enseigné.
Socrate, lui ne met pas l’amour tellement haut, mais il cherche plutôt à cadrer les choses en affirmant que l’Amour n’est pas chose divine ;il ne met pas cela très haut mais c’est cela qu’il aime.
Lacan nous rappelle, si nous l’avions oublié, que l’amour grec est l’amour des garçons et que sur le plan de l’amour il n’y a que ça. Mais pour prendre la mesure du phénomène il faut le rapprocher de l’Amour Courtois qui occupe une fonction analogue au niveau de la sublimation qu’elle suppose : c’est un fait de culture, né dans le milieu des Maîtres de la Grèce mais cet Amour reste une perversion, toute sublimation qu’elle soit.
Et les femmes ? Quelle place occupent-elles dans cette société grecque ? Elles occupent, selon Lacan une vraie place et sont d’un poids éminent dans la relation d’amour en tenant le rôle actif, en exigeant leur dû, en attaquant l’homme et la crudité de cette forme d’amour va déplacer l’amour savant ailleurs. L’avantage en est que cette forme d’amour permet de saisir une articulation toujours élidée car trop compliquée dans l’amour avec les femmes.
Dans le discours passé de Lacan on peut trouver déjà deux points de référence utiles :
1) l’amour est un sentiment comique (à rapprocher de la présence d’Aristophane au Banquet)
2) Aimer c’est donner ce qu’on n’a pas ; ce qui nous pousse à nous intéresser au couple formé par l’Amant et l’Aimé. Pendant que l’Amant est le sujet du désir (avec le poids mis sur le désir) l’Aimé lui, est celui qui, dans le couple, est le seul à avoir quelque chose mais la question est de savoir si ce quelque chose a à voir avec ce dont le sujet du désir est manquant.
Pour Lacan, la dimension propre au désir est de l’ordre de l’autre, chose toujours fuyante et toujours à atteindre dans une métonymie qui englobe toutes les métaphores. Chez Socrate, par les voies de la dialectique, surgit cette dimension de bascule où de la conjonction du désir avec son objet en tant qu’inadéquat, surgit cette signification qui s’appelle l’Amour.
Cette articulation permet en outre de saisir ce qui sinon serait indécelable et qui s’appelle le transfert et de pouvoir comparer avec l’amour en tant que chacun mérite qu’on lui attribue une part d’illusion et une part de vérité.
Pour l’analyste, interroge Lacan, quel est le rapport à l’être de son patient qui ne soit pas d’indifférence ? Son accès à son être est-il ou non celui de l’amour ? L’analyste est censé connaître le poids propre du rapport de son analysant à lui même et il sait aussi que ce poids se fait sentir par le19 truchement du transfert quand bien même chacun cherche à en éviter les conséquences. Des lors la question s’impose : qu’est ce que le transfert a à voir avec l’amour ?
A l’orée de sa demande le patient, par principe, ne sait pas ce qu’il a qui implique l’inconscient et qui le relie à l’antique tradition du « Connais-Toi-Toi-Même ». Ici cependant, l’accent est déplacé par le fait de ce « il ne sait pas ». Il s’agit ici de ce que le sujet a vraiment en lui même, de ce qu’il demande à être et non pas seulement à avoir. Et au terme de cet itinéraire ce qu’il va trouver n’est qu’un manque, Manque-à-être dont Castration et Penis-Neid sont la métaphore.
Tout son développement est à proprement parler la révélation de ce quelque chose qui s’appelle l’Autre Inconscient.
Venons-en a la question de l’Amour comme métaphore pour remarquer dès le départ que la situation fondamentale de l’amour est structurée autour de la distribution ERASTES et EROMENOS, l’amant et l’aimé. Ce qui caractérise l’ERASTES, c’est ce qui lui manque et qu’il ne sait pas. EROMENOS lui, est celui qui ne sait pas ce qu’il a, ce qu’il a de caché et qui fait son attrait. Mais, il n’y a aucune coïncidence entre les deux : ce qui manque à l’un n’est pas ce qu’il y a caché en l’autre et c’est tout le problème de l’amour. L’opération nommée Amour, comme signifiant apparaît dés lors comme une métaphore, une substitution où « c’est en tant que la fonction de l’ERASTES (l’amant) pour autant qu’il est le sujet du manque, se substitue à la fonction de l’EROMENOS (l’objet aimé) que se produit la signification de l’Amour. »
Nous pouvons maintenant entrer dans l’étude du BANQUET qui n’est autre qu’une suite de discours que PHEDRE va inaugurer puisqu’il est le père du sujet « l’éloge de l’amour ». Il commence en disant de l’Amour qu’il est un grand Dieu. Mais souligne Lacan, que sont les dieux grecs, et dans quel registre peut-on les ranger ? Pour lui, les dieux sont un mode de révélation du réel que tout progrès philosophique tend par sa nécessité propre à éliminer. Ainsi pour Phèdre parler de l’amour revient à parler de théologie et il définit l’amour comme un lien contre quoi tout effort humain viendrait se briser et comme étant au principe du dernier sacrifice. Pour illustrer son propos Phèdre va comparer Alceste qui va se substituer au roi Admète pour satisfaire à la demande de la mort, l’opposant à Orphée et à Achille. Lacan nous fait justement remarquer qu’en ce qui concerne Orphée, les Dieux lui ont montré non pas une vraie femme mais un fantôme de femme comme pour mieux montrer la différence entre l’objet de notre amour en tant que le recouvrent nos fantasmes et l’Etre de l’autre pour autant que l’amour s’interroge afin de savoir s’il peut l’atteindre.
C’est bien à cet être de l’autre qu’Alceste se substitue dans la mort. Achille lui, va suivre Patrocle dans la mort mais il est l’AIME alors que Patrocle, bien plus vieux, est l’AMANT. Et ce que les dieux trouvent sublime, c’est quand l’AIME se comporte comme on attendrait que se comportât l’AMANT. Achille, contrairement à Alceste est en position d’AIME et dès lors son sacrifice n’en est que plus admirable. On voit ainsi que dans le couple érotique c’est du côté de l’amant que se trouve l’activité. C’est donc semble t’il du coté de la femme qu’est le manque et du coup l’activité pendant que du côté de l’éromenos se trouve l’objet ?
PAUSANIAS lui, va nous faire entrer dans la psychologie du riche et nous confronter à la première question qui touche à la fonction du désir dans l’appréhension de l’autre telle qu’elle se produit dans le couple ERASTES-EROMENOS : l’autre en tant que visé dans le désir l’est au titre d’objet aimé et son être dans le désir n’est point un sujet.
La première invention de la Verité c’est l’Amour et comme dieu c’est-à-dire comme réalité qui se manifeste et se révèle dans le réel, nous ne pouvons en parler qu’en mythe. Rappellons aussi que la métaphore de la substitution de l’ERASTES à l’EROMENON engendre la signification de l’Amour. Lacan va ainsi nous proposer une prosopée poétique pour nous faire sntir de plus près son propos : « cette main qui se tend vers le fruit, vers la rose, vers la bûche qui soudain flambe, son geste d’attirer, d’attiser est ètroitement solidaire de la maturation du fruit, de la beauté de la fleur du flamboiement de la bûche. Mais quand, dans ce mouvement d’atteindre, d’attirer, d’attiser, la main a été vers l’objet assez loin, si du fruit, de la bûche, de la fleur une main sort qui se tend à la rencontre de la main qui est la vôtre et qu’à ce moment c’est votre main qui se fige dans la plénitude fermée du fruit, ouverte de la fleur, dans l’explosion d’une main qui flambe_alors ce qui se produit là, c’est l’Amour ». Comme on l’a vu plus haut, c’est de passer de l’Eroménos à l’Erastes que cette signification s’impose mais il est clair aussi que nous avons affaire à un mythe, mythe nécessaire car il est toujorurs inexplicable que quoi que ce soit réponde dans le réel au désir. Remarquons en outre que cette structure n’est pas symétrique : la main se tend vers un objet mais la main qui apparaît de l’autre côté pour venir à sa rencontre constitue le miracle que rien ne nécessite. Pour revenir à Achille, l’évènement miraculeux dans cet ordre de phénomène est que lui, l’Aimé se transforme en Amant.
Si Phèdre a un discours de mythomane(createur de mythes) Pausaniasas lui, tient un discours de sociologue, d’observateur des sociétés. Pour lui, la rencontre entre l’Amant et l’Aimé se fait sous les auspices de l’échange ;c’est sur le plan d’une acquisition, d’un profit, d’une possession que se produira la rencontre de ce couple qui va fonder pour des siècles et des siècles, l’Amour Platonique. Il s’agit d’un discours qui s’élabore à partir d ‘une cotation des valeurs, d’une sorte de placement d’un fond d’investissement psychique qui ressortit d’une psychologie du riche où il s’agit de posséder des biens selon un mode de comparaison et d’échelle : la possession de l’Aimé réalise un bon fond, un bon placement à faire fructifier.
L’idéal de Pausanias en matière d’Amour, c’est la capitalisation mise à l’abri, la mise au coffre de ce qui lui appartient de21 droit comme etant celui qui a su discerner ce qu’il est capable de mettre en valeur.
Nous arrivons maintenant au discours d’ERYXIMAQUE après qu’ARISTOPHANE, s’étouffant de rire ait passé son tour. Celui-là en pince pour l’Amour-médecin, pour l’harmonie médicale.
La figure du médecin nous intéresse au premier chef pour autant que voilà un homme, le psychanalyste de qui on vient chercher la science de ce que l’on a de plus intime et donc de ce qui devrait lui être le plus étranger et pourtant cette science il est supposé l’avoir.
Si le patient part à la recherche de ce qu’il a et qu’il ne connaît pas, ce qu’il va trouver c’est ce dont il manque et ainsi, d’Aimé il devient Amant. Et aussi bien c’est comme ce dont il manque que s’articule ce qu’il trouvera dans l’analyse, a savoir son désir. Le désir, soulignons –le n’est en aucun sens du terme un bien. C’est dans le temps -logique et chronologique- de l’éclosion de l’amour de transfert que s’effectue cette inversion qui de la recherche d’un bien, fait la réalisation du désir, qui n’est justement pas possession d’un objet mais l’émergence à la réalité du désir comme tel.
À la suite de Socrate, Lacan va mettre l’accent sur ce qu’il nomme : « l’atopie d’Eros ». Il est en effet bien clair que la doctrine de Freud implique le désir dans une dialectique car le désir n’est pas une fonction vitale, il est suspendu, sous forme de métonymie, à une chaîne signifiante qui est constitutive du Sujet, lequel se différencie de l’individualité. Ilc onserve une chaîne articulée hors de la conscience, inaccessible, une Demande. Cette Demande constitue une revendication éternisée dans le sujet quoique latente et inaccessible, comme un enregistrement, un classement au dossier. Freud en a désigné le support dans la Pulsion de Mort et le caractère mortifère de l’automatisme de répétition. On voit ainsi surgir le paradoxe d’une Ethique qui réside dans la position excentrique du désir chez l’homme et donc fonder une Ethique rationnelle sur le désir et son interprétation va nécessiter une topologie de base dont le premier terme serait de dégager un espace pour ce que Lacan nomme « l’entre-deux-morts » dans lequel la deuxième mort représente l’aspiration à s’anéantir.
Nous en venons maintenant à nous intéresser à l’irruption d’Alcibiade qui nous servira de porte d’entrée à la question du transfert au présent. Alcibiade introduit brutalement, à l’image du personnage historique qu’il est et dont le moins qu’on puisse dire est qu’il ne manque pas de culot, introduit donc, la question de l’Agalma, de l’objet caché à l’intérieur du sujet Socrate. Ce n’est pas simplement dire qu’Alcibiade attend beaucoup de Socrate mais qu’ainsi se dévoile une structure, grâce à laquelle la position même du désir s’affiche.
Au départ il y a dédoublement foncier des deux chaînes signifiantes où se constitue le sujet. Du fait de l’existence de la chaîne signifiante inconsciente constitutive du sujet qui parle, le désir se présente dans une position de métonymie qui n’est autre que le glissement indéfini des signifiants sous la continuité de la chaîne. Et c’est dans la mesure où quelque chose se présente comme revalorisant la sorte de glissement infini, l’élément dissolutif que la fragmentation signifiante apporte dans le sujet, qu’il prend valeur d’objet privilégié qui arrête ce glissement infini. Ainsi un objet peut prendre par rapport au sujet cette valeur essentielle qui constitue le fantasme fondamental où le sujet se reconnaît comme fixé et c’est l’objet a. Mais remarquons aussi que c’est dans la mesure où le sujet s’identifie au fantasme fondamental que le désir comme tel prend consistance et peut être désigné comme désir de l’Autre. Ce qui précède constitue une première ébauche de la relation entre l’Autre et l’objet a que Lacan par la suite précisera. Cet Autre, lieu de la parole, lieu tiers, n’est pas un Autre absolu mais plutôt est nécessité comme lieu ete en même temps sans cesse soumis à la question de ce qui le garantit lui-même de sorte que nous mêmes nous trouvons dans une position perpétuellement évanouissante.
C’est à la question posée à l’Autre de ce qu’il peut nous donner et de ce qu’il a à nous répondre que se rattache l’Amour comme tel, Amour lié à la demande mais en tant que l’Autre peut en répondre ou non comme dernière présence.
Mais alors, interroge Lacan, quel est le rapport entre l’Autre auquel s’adresse la Demande d’amour et l’apparition du Désir ?
C’est que l’Autre n’est plus du tout celui auquel nous aspirons, l’Autre de l’Amour mais est quelque chose qui en représente la déchéance, qui est de la nature de l’objet.
Ce dont il s’agit dans le désir c’est d’un objet, non d’un sujet et le commandement de l’Amour consiste à faire quelque chose de l’objet qu’il nous désigne, un objet devant quoi nous défaillons, nous disparaissons comme sujet, au titre de la division de ce même sujet. Et cette déchéance, c’est nous qui l’encaissons comme sujet pendant que ce qui arrive à l’objet est le contraire : cet objet est survalorisé et acquiert ainsi la fonction de sauver notre dignité de sujet, c’est-à-dire de faire de nous autre chose qu’un sujet soumis au glissement infini du signifiant.
Parvenu à ce point où s’exprime, on le sent bien, une grande nouveauté conceptuelle, Lacan nous fait revenir un peu en arrière pour re-situer le phénomène « transfert » dans l’ensemble des concepts freudiens, pour nous faire remarquer qu’aborder ainsi le transfert par le biais de l'amour n’est pas l’abord classique. Si, par un bord, le transfert n’est au dernier terme que l’automatisme de répétition, par l’autre bord il touche à l’Amour. Comment des lors insérer la fonction centrale du désir de l’analyste ?
Reprenons les choses d’un peu plus loin pour nous rappeler que le transfert a été reconnu tres vite par Freud comme un phénomène spontané, lié à la présence du passé en tant que l’analyse la découvre. Ce phénomène est maniable par l’interprétation ce qui prouve qu’il y a dans le phénomène autre chose qu’une tendance à la remémoration puisqu’il est perméable à l’action de la parole. Le phénomène du transfert22 est ainsi placé en position de soutien de l’action de la parole : si la parole porte c’est parce qu’il y a le transfert.
Dans les conditions centrales de l’analyse -les névroses- le transfert est interprété sur la base et avec l’instrument du transfert lui-même : c’est donc de la position que lui donne le transfert que l’analyste interprète et donc intervient sur le transfert lui-même. Il reste cependant une marge irréductible de suggestion.
La présence du passé représente la réalité du transfert mais présence en acte, reproduction. Mais si la reproduction est une reproduction en acte, alors ily a dans la manifestation du transfert quelque chose de Créateur, et on peut dire que ce même transfert est source de fiction, fiction dans laquelle le sujet fabrique, construit quelque chose. Mais qu’elle est la nature de cette fiction, quel en est l’objet et à qui est-elle destinée ? Ce n’est évidemment pas pour la personne à qui on s’adresse en tant qu’on le sait, mais même si c’est bien en tant qu’on ne le sait pas, la personne à qui on s’adresse ne s’est pas volatilisée. Nous savons bien par ailleurs que certains phénomènes psychiques se produisent pour être entendus, donc pour cet Autre qui est là même si on ne le sait pas.
Il est donc impossible d’éliminer du phénomène du transfert le fait qu’il se manifeste dans le rapport à ce quelqu’un à qui l’on parle. Des lors, nous prévient Lacan, il faut veiller à ne pas noyer le phénomène du transfert dans la possibilité générale de répétition que constitue l’existence même de l’Inconscient.
Il est bien évident que les répétitions liées à la constance de la chaîne signifiante existent dans le sujet, mais elles doivent être distinguées du transfert.
Le problème subsiste alors, de situer dans cette topologie, la place du désir. Il nous faut bien admettre, si on suit Lacan, que le dernier ressort du désir, son trait le plus secret qui oblige toujours dans l’Amour à le dissimuler plus ou moins, consiste à provoquer la chute de l’Autre en autre, a. Car le désir dans son essence et sa racine est le désir de l’Autre et c’est bien là que se situe le ressort de la naissance de l’amour.
Par ailleurs ce désir se manifeste toujours pour autant que nous ne savons pas et nous en avons un exemple frappant dans la relation de Socrate et d’Alcibiade. Nous voyons bien que c’est dans la mesure où ce que Socrate désire, il ne le sait pas et que c’est le désir de l’Autre, qu’Alcibiade est possédé par un Amour dont on peut dire que le seul mérite de Socrate est de le désigner comme Amour de transfert et de le renvoyer à son véritable désir dont Agathon est l’objet.
Nous en venons maintenant, toujours sur la trace de Lacan, à nous intéresser à la critique du contre-transfert. Qu’est-ce le contre-transfert ?
Tout ce qui chez l’analyste représente son ICS en tant que non analysé, a été considéré comme nocif et est devenu la source de réponses non maîtrisées, de réponses aveugles d’où se déduit la nécessité de l’analyse didactique poussée très loin. On pourrait alors définir l’analyste idéal comme celui chez qui il ne resterait plus rien d’inconscient mais qui en même temps en conserverait un bon bout. Il faut cependant admettre qu’il n’y a chez quiconque une élucidation exhaustive de l’ICS, quelque longue ait été l’analyse. On peut cependant admettre que le sujet averti par l’expérience de l’analyse didactique sache en jouer comme d’un instrument, pour autant qu’il s’agit d’un ICS assoupli, d’un ICS plus l’expérience de cet ICS. Car l’ICS est dans son fond, son statut, inaccessible à la conscience et c’est donc un détour, le détour de l’Autre, qui rend l’analyse nécessaire. Mais faut-il craindre de ne pas en savoir assez sur nous mêmes ? C’est ici qu’il faut rappeler le pouvoir positif de méconnaissance qu’il y a dans la capture imaginaire, en particulier dans l’élaboration d’un idéal stoïcien dans son rapport à l’autre, représenté par ce qu’on peut nommer apathie stoïcienne qui permet à l’analyste de rester insensible aux séductions comme aux sévices éventuels de ce petit autre, son patient. Mais posons que, de la reconnaissance de l’ICS ne résulte pas ipso facto que l’analyste soit hors de portée des passions, même si il est incontestable qu’il y a un rapport décisif entre les tendances sexuelles et ce que capte la chaîne signifiante qui constitue le sujet de l’ICS.
Si l’analyste reste dans cette apathie c’est dans la mesure où il est possédé d’un désir plus fort que les désirs dont il pourrait s’agir(par exemple en venir aux mains avec son patient, ou le prendre dans ses bras ou le passer parla fenêtre)
L’analyste soutient qu’il est possédé par un désir plus fort car, en tant qu’analyste il s’est produit pour lui une mutation dans l’économie de son désir qui l’a fait toucher au désir de mort. C’est sur ce chemin que se fait la rencontre avec le « che vuoi ? », qu’est ce que tu veux ? Autrement dit, y a-t’il un désir qui soit ta volonté ? Car pourquoi faut-il que Socrate se démasque et donne un signe de son désir pour Alcibiade après que celui-ci ait découvert les agalmata qui sont en lui et que le voilà tombé sous les coups de celui qui les possède ?
Dans cette relation élective privilégiée qu’est la relation d’amour, comment saisir que le sujet avec lequel entre tous nous avons le lien d’amour soit aussi l’objet de notre désir ?
C’est bien que la visée du désir accentue un objet entre tous d’être sans balance avec les autres : c’est la fonction de l’objet partiel.
Et pour Socrate, c’est parce qu’il sait qu’il n’aime pas, c’est justement parce qu’il sait, qu’il se refuse à avoir été, à quelque titre que ce soit, justifié ou justifiable, Eroménos, le désirable, ce qui est digne d’être aimé.
Nous retrouverons plus loin cette fonction du « che vuoi » comme structurant le rapport fondamental de la demande et du désir dans cette double formulation ;je te demande ce que je veux et je me demande ce que tu veux
LE TRANSFERT DANS LE SEMINAIRE « LES QUATRE CONCEPTS »
Au cours de l’année 1964, Lacan va reprendre la question du transfert au titre de concept majeur dans la théorie psychanalytique aux côtés de l’ICS, la Répétition, la Pulsion.
Reprenant les choses à leur point d’origine, il nous fait remarquer d’emblée que dans l’opinion commune le transfert est un affect. Quand il est positif, c’est l’amour, mais poser les choses ainsi reste approximatif. En effet, ne pourrait–on, non pas interroger le transfert au nom de l’Amour mais, à l’inverse interroger l’Amour au nom du transfert et en particulier soulever la question d’un Amour authentique dans le transfert?
De plus dans le transfert négatif, s’agit-il de haine ou plutôt d’ambivalence ? Ainsi nous dit Lacan, le transfert positif c’est quand on a l’analyste à la bonne et le transfert négatif c’est quand on l’a à l’œil.
Un autre emploi mérite qu’on s’y attarde : quand on dit de quelqu’un qu’il est en plein transfert cela revient à dire qu’il convient de mettre en suspension, en suspicion les motifs de ses conduites. Mais, au delà de ces premières approches, nous devons aborder le concept de transfert tel qu’il prend place dans une praxis en orientant la façon de traiter les patients et, inversement la façon de les traiter commande le concept. Le premier obstacle à franchir consisterait à considérer le transfert comme un artefact de la pratique de l’analyse. Car, même si nous devons considérer le transfert comme un produit de la situation analytique, cette situation ne suffit pas à créer le phénomène qui se retrouve ailleurs même si l’analyse permet de lui donner son modèle expérimental.
La présence de l’analyste ne peut être séparée du concept d’inconscient mais nous devons par ailleurs concevoir cet ICS freudien comme ayant un mouvement dans le sujet et comme ne s’ouvrant que pour mieux se fermer. Cette pulsation temporelle serait pour Lacan, plus radicale que l’insertion même dans le signifiant qui la motive mais ne lui est pas primaire. Ainsi ce champ freudien représente la somme des effets de la parole sur un sujet au niveau où le sujet se constitue des effets du signifiant.
Ici le sujet doit être entendu comme le sujet cartésien qui apparaît au moment où le doute se reconnaît comme certitude et ce champ freudien ainsi isolé est un champ qui de sa nature se perd. La présence de l’analyste est alors irréductible comme témoin de cette perte.
Rappelons pour mémoire que, dés son émergence chez Freud, le danger s’est fait jour de confondre le concept de transfert et celui de répétition : « ce qui ne peut se remémorer se répète dans la conduite », cette conduite étant elle-même livrée à la reconstruction de l’analyste.
Comme nous l’avons vu plus haut, ce moment où la remémoration s’arrête ne correspond pas seulement à un moment de fermeture de l’ICS, mais bel et bien atteste que l’Autre, latent ou pas, est dés le départ présent dans le révélation subjective.
L’interprétation de l’analyste ne fait que recouvrir le fait que l’ICS, s’il est jeu de signifiant a déjà dans ses formations -rêves, lapsus, symptôme procéder par interprétation : l’Autre est déjà là, dans toute ouverture de l’ICS.
Pour Lacan, le ressort méconnu de la répétition est celui de la rencontre toujours évitée, de la chance manquée. La fonction du ratage est au centre de la répétition analytique : le rendez-vous est toujours manqué et c’est ce qui fait la vanité de la répétition, son occultation constitutive.
Mais il y a plus selon Lacan : la fonction du transfert selon lui, s’insère dans une conception de l’ICS comme constituée par l’indétermination du sujet et nous conduit à ceci : le Sujet cherche à avoir sa certitude.
Si, pour Freud, le transfert est essentiellement résistance, le moment où s’interrompt la communication de l’ICS, le moment où il se ferme, alors pourquoi faut-il attendre le transfert pour commencer à donner l’interprétation ?
Si en pratique il nous faut distinguer des divergences irréductible –par exemple celle où l’analyse du transfert se fonde sur une alliance avec la partie saine du Moi et où dans cette perspective il s’agira de faire appel au bon sens pour que le patient s’aperçoive du caractère illusoire de telle conduite à l’intérieur de sa relation avec l’analyste-il n’en demeure pas moins qu’ilo existe une contradiction dans sa fonction : le point d’impact de la portée interprétative correspont à un moment de fermeture par rapport à l’ICS.
D’où découle la nécessité de faire entrer en jeu un ordre différent : l’ordre de la vérité.
« La vérité ne se fonde que de ce que la parole, même mensongère y fait appel et la suscite ». Ainsi, loin que nous ayons affaire à deux sujets placés dans une relation duelle et discutant d’une objectivité qui se serait déposée là, il nous faut faire surgir la dimension de la tromperie, de l’imposture.
Si on se réfère à Descartes, le sujet de la certitude se fonde sur un Autre qui ne doit être en aucun cas, un Autre trompeur.
Le danger dans l’analyse, est que cet Autre soit trompé et dans ce domaine de la tromperie l’Amour peut en être le modèle.
De plus, comme dit Lacan, quelle meilleure manière de s’assurer, sur le point où on se trompe, que de persuader l’autre de la vérité de ce qu’on avance ?Car, à persuader l’autre qu’il a ce qui peut nous compléter, nous nous assurons du même coup de pouvoir continuer à méconnaître précisément ce qui nous manque. Et c’est le cercle de la tromperie qui s’instaure, faisant surgir la dimension de l’amour.
Notons sans nous y arréter que ce qui cause cette fermeture c’est l’objet a.
ANALYSE ET VERITE
Dans la relation qui s’instaure entre l’analysant et l’analyste un jeu se développe qui a pour axe la question de la vérité.
Pourquoi n’est-il pas paradoxal de pouvoir dire « je mens » interroge Lacan ? C’est que le JE qui énonce, le JE de l’énonciation n’est pas le même que le JE de l’énoncé, le shifter qui le désigne. De cette division de l’énoncé à l’énonciation résulte que du « je mens » situé au niveau de la chaîne de l’énoncé, c’est un « je te trompe » qui est produit au niveau de l’énonciation.
Ce « je te trompe » provient du point où l’analyste attend le sujet et lui renvoyant son propre message sous une forme inversée lui dit : dans ce « je te trompe » ce que tu envoies comme message, c’est ce que moi je t’exprime et ce faisant tu dis la vérité ». Ainsi dans le chemin de tromperie où le sujet s’aventure, l’analyste est en position de formuler ce « tu dis la vérité » et notre interprétation n’a de sens que dans cette dimension où tout ce qui anime ce dont parle toute énonciation, c’est du Désir.
Dès lors :
-le transfert n’est pas la fin thérapeutique ;
-le transfert n’est pas un simple moyen ;
-le transfert n’est pas la mise en acte de l’illusion qui nous pousserait à cette identification aliénante que constitue toute conformation, fut-ce à un modèle idéal dont l’analyste, en aucun cas ne pourra être le support ;
-le transfert est la mise en acte de la réalité de l’ICS, ce qui est, comme l’avait souligné Freud, strictement consubstantiel à la sexualité.
Pour avoir toujours plus et toujours autant oublié ce que veut dire cette relation de l’ICS et de la sexualité nous voyons que l’analyse a hérité d’une conception de la réalité qui n’a plus rien à faire avec la réalité telle que Freud la situait au niveau du processus secondaire.
De plus, définir ainsi le transfert par la mise en acte est nécessaire à ce qu’il ne soit pas le lieu d’alibis, de modes opératoires insuffisants. Mais si le transfert est la mise en acte de la réalité de l’ICS, qu’est-ce que l’ICS ? Ce sont les effets de la parole sur le sujet d’où il s’en déduit que l’ICS est structuré comme un langage. Mais ainsi la réalité de l’ICS c’est la réalité sexuelle ce qui constitue sous bien des aspects une vérité insoutenable parfois même pour les analystes.
Nous savons bien depuis Freud et même avant, que la division sexuelle assure le maintien de l’être d’une espèce, mais l’espèce ne subsiste que sous la forme des individus qui la composent et dès lors le sexe est lié à la mort de l’individu. Par ailleurs le structuralisme a montré que c’est au niveau de l’ALLIANCE opposée à la génération naturelle -la lignée biologique- que s’opèrent les échanges fondamentaux -signifiants- fondés sur une combinatoire. On peut donc soutenir que c’est par la réalité sexuelle que le signifiant est entré dans le monde et que l’homme a appris à penser. Contrairement à Jung qui neutralise la fonction de la libido, Freud affirme que la libido représente la présence effective du désir qui commande au niveau du processus primaire.
Et au niveau de l’analyse doit se révéler ce point nodal par quoi la pulsation de l’inconscient est liée à la réalité sexuelle. Ce point nodal c’est le désir qui se situe dans la26 dépendance de la demande laquelle de s’articuler en signifiant laisse un reste métonymique qui court sous elle, reste qui n’est pas indéterminé et qui est une condition à la fois absolue et insaissisable, élément nécessairement en impasse, insatisfait impossible, méconnu et qui s’appelle le désir dont la fonction dernière est d’être le résidu de l’effet du signifiant dans le sujet.
Et ainsi, si pour Freud la réalité est définie comme désexualisée, c’est dans le transfert que nous devons voit s’inscrire le poids de la réalité sexuelle, laquelle court pour la plus grande partie inconnue, sous le discours analytique qui est celui de la Demande.
Nous en venons maintenant à approfondir l’incidence définie par Lacan comme DÉSIR DE L’ANALYSTE.
Rappelons-nous, pour commencer la porte d’entrée de l’ICS dans l’horizon de Freud : Anna O. pour remarquer que dans cette fameuse observation il n’est pas fait mention à aucun titre de la sexualité. L’entrée de la sexualité va se faire du coté de Breuer et la grossesse nerveuse de Anna ne serait –elle pas la manifestation du désir de Breuer illustrant ainsi la formule : le désir de léhomme c’est le désir de l’Autre. Preuve en est, comme nous l’avons vu plus haut, l’enfant que Breuer fait à sa femme peu de temps après la rupture avec Anna. Et Freud, innocentant Breuer de toute implication ne le traite-t’il pas comme un hystérique en lui disant : ce n’est pas ton désir, c’est le désir de l’autre ?
De sorte que, contrairement à une conception du transfert qui en fait une défense de l’analyste et qui prend hélas son départ chez Freud, Lacan nous dit que c’est le désir de l’analyste qui opère. Des lors se trouve posée la question de la formation des analystes où si quelque chose ppère de l’ordre de la mémoire cela ne peut se traduire que d’une façon : la simulation.
A aucun titre on ne trouvera un au-delà substantiel à quoi pourrait se rapporter ce en quoi l’analyste se sent fonder à exercer sa fonction et à ce qu’il s’agit d’obtenir : la confiance de son patient.
La formation du psychanalyste exige qu’il sache dans le procès où il conduit son patient autour de quoi le mouvement tourne, le point pivot qui est : le désir de l’analyste.
De plus, et de façon tout à fait pratique, nous avons à situer la psychanalyse par rapport à la science, en articulant au phénomène de l’ICS, le fondement du sujet cartésien qui, dans son origine et dans sa fin va vers sa certitude.
Dans cette perspective comment se situe la phénoménologie du transfert ? Remarquons que le transfert est un phénomène où sont inclus ensemble le sujet et le psychanalyste et comme pour Socrate dans le BANQUET, le psychanalyste ne se pose de ne prétendre à rien d’autre qu’à un un savoir sur Éros, le désir.
C’est ici que nous devons introduire un notion que Lacan a isoler : le Sujet-Suppposé-Savoir sans lequel il ne saurait s’instaurer aucun transfert. Mais aucun psychanalyste ne saurait prétendre représenter un savoir absolu si ce n’est le UN-Seul, s’il existe. De leur vivant cette fonction du un-seul fut remplie par Freud puis -au moins en France- par Lacan.
Cette fonction du Sujet-Supposé-Savoir (S_S_S) a pour conséquence d’établir le prestige à l’horizon de toute position de l’analyste. Dès lors la question devient, pour le sujet, d’où il se repère pour s’adresser au S-S-S et l’analyste va tenir cette place pour autant qu’il est l’objet du transfert, mais quand le patient entre en analyse il est encore loin de la lui donner.
Dès le départ une évidence s’impose : ce qui limite le plus la confidence du patient, son abandon à la règle fondamentale c’est la menace que le psychanalyste soit par lui trompé, que s’il lui donne certains éléments il peut l’induire en erreur. Mais alors celui qui peut être trompé ne pourrait-il pas tout simplement se tromper ? Malgré tout il fait crédit à l’analyste de pouvoir supporter ce questionnement radical sur la visée de l’autre. mais ce crédit ainsi accordé se double d’une interrogation radicale : que signifie vouloir ainsi ce « bien » pour un autre ?
Si on sait, nous dit Lacan qu’on peut ne pas vouloir jouir comme pour reculer les atroces promesses d’une jouissance maudite, qui ne sait qu’on peut ne pas vouloir penser ?
Mais que signifie alors ne pas vouloir désirer ? Car toute l’expérience analytique témoigne que ne pas vouloir désirer et désirer sont une seule et même chose. C’est que désirer comporte une phase de défense qui le rend identique à ne pas vouloir désirer, et ainsi, ne pas vouloir désirer équivaut à vouloir ne pas désirer comme si nous nous trouvions sur une bande de Mœbius qui n’a pas d’envers. C’est à ce point de rendez-vous que l’analyste est attendu à l’insu du sujet mais non sans que lui-même en soit averti par sa propre analyse. Mais en ce point le désir ne peut être nommé car c’est précisément ce point qui n’est articulable que du rapport du désir au désir et ce rapport est interne car le désir de l’homme c’est le désir de l ‘Autre. Et c’est ainsi, nous précise Lacan que si vous aimez le ragoût de mouton, vous n’êtes pas sûr de le désirer et la « belle bouchère de la célèbre observation de Freud, si elle aime le caviar, elle n’en veut pas et c’est pour ça qu’elle le désire. L’objet du désir insiste Lacan c’est la cause du désir et cet objet cause du désir c’est l’objet de la pulsion, c’est-à-dire l’objet autour de quoi tourne la pulsion.
En nous acheminant vers la fin de cet exposé, nous rencontrons une difficulté qui, par nature nous échappe toujours un peu : Il s’agit du rapport entre l’interprétation et le transfert.
Il nous faut affirmer d’entrée que l’interprétation n’est pas ouverte à tous les sens, n’est pas n’importe laquelle. Elle est une interprétation significative qui ne doit pas être manquée.
Mais cette signification n’est pas l’essentiel pour l’avènement du sujet. Ce qui est essentiel, c’est qu’il voit, au-delà de cette signification, à quel signifiant -non-sens irréductible, traumatique- il est comme sujet assujetti où réside la difficile assomption du manque-à-être.
Le transfert est impensable sinon à prendre son départ dans le sujet-supposé-savoir, lequel est supposé savoir ce à quoi nul ne saurait échapper : l’emprise de la signification. Mais au-delà de la signification, le sujet va entrer dans le jeu en prenant appui sur ce que supporte le S-S-S comme sujet du Désir. Il s’ensuit un effet de transfert et cet effet c’est l’Amour qui, bien que repérable dans le champ du narcissisme, intervient à ce niveau comme TROMPERIE et s’oppose à la révélation du désir en tant que désir de l’Autre ; car aimer, à ce niveau, c’est essentiellement vouloir être aimé.
C’est ainsi que Lacan peut répéter que l’amour est un effet de transfert mais en représente la face de résistance : nous sommes forcés d’ attendre cet effet de transfert pour pouvoir interpréter et en même temps nous savons qu’il ferme le sujet à l’effet de notre interprétation.
Mais, et nous touchons à une différence essentielle entre Freud et Lacan, même si Freud a bien repéré comme raison du transfert que rien ne saurait être atteint in abstentia ou in effigia, autant dire que le transfert n’est pas de sa nature l’ombre de quelque chose qui a été auparavant vécu, bien au contraire. Le sujet en tant qu’assujetti au désir de l’analyste désire rompre cet assujettissement en se faisant aimer de lui, en proposant de lui une image sur quoi repose cette fausseté essentielle qu’est l’amour. Et l’effet de transfert est cet effet de tromperie en tant qu’il se répète présentement « ici et maintenant ». Mais remarquons qu’il n’est répétition de ce qui s’est passé de tel que pour être de la même forme ; il n’est pas ectopie, il n’est pas ombre des anciennes tromperies de l’amour, il est ISOLATION dans l’actuel de son fonctionnement pur de tromperie.
Et que trouve-t’on derrière l’amour de transfert ? l’affirmation du lien de dépendance du désir du patient au désir de l’analyste. « C’est le désir d’Anna O. », dit Freud à Breuer mais dans sa rencontre avec le désir de l’analyste.
Mais ce désir de l’analyste on ne peut pas le nommer, on ne peut que le cerner de sorte que l’éthique de l’analyse à un moment donné finit par rejoindre l’éthique stoïcienne dans un : « Que ta volonté soit faite » pour enterrer définitivement un idéal de maîtrise sinon toujours renaissant.
Nous conclurons cet exposé en évoquant rapidement les rapports entre l’identification et le désir dans le transfert. Freud lui même s’étonnant que la régression de l’amour se fasse si aisément dans les termes de l’identification, reconnaît que narcissisme et surestimation de l’objet sont une seule et même chose. Il va distinguer une deuxième forme d’identification qui repose sur le trait unaire, l’EINZIGER ZUG, fondement de l’idéal du moi. Qu’est-ce que ce trait unaire ? Est-ce un objet privilégié dans le champ du LUST ? Non !
Le trait unaire, en tant que le sujet s’y accroche est dans le champ du désir, lequel ne saurait de toute façon que se constituer sous le règne du signifiant, au niveau où il y a un rapport du sujet à l’Autre. C’est le champ de l’Autre qui détermine la fonction du trait unaire en tant que de lui s’inaugure un temps majeur de l’identification : l’idéalisation, l’idéal du moi. Le sujet va établir une relation à son analyste dont le centre est au niveau de ce signifiant privilégié qui s’appelle IDEAL DU MOI, pour autant que, de là, il se sentira aussi satisfaisant qu’aimé.
Mais il est une autre fonction qui institue une identification différente, introduite par le procès de séparation : il s’agit de cet objet privilégié, découverte de l’analyse, dont la réalité est purement topologique, de cet objet dont la pulsion fait le tour, cet objet qui fait bosse dans le tissu que l’analyse permet de repriser : L’OBJET a. Cet objet supporte ce qui, dans la pulsion, est défini et spécifié de ce que l’entrée en jeu du signifiant dans la vie de l’homme lui permet de faire surgir : Le sens du sexe. À savoir que pour l’homme et parce qu’il connaît les signifiants, le sexe et ses significations sont toujours susceptible de présentifier la mort.
Nous voici enfin parvenus au terme de cette étude au départ de laquelle nous nous sommes proposé de confronter les conceptions du transfert élaborées d’abord par Freud puis par Lacan, en sautant allègrement par dessus les post-freudiens.
Sommes nous parvenus à faire cesser ce « scandale théorique » comme s’exprime Safouan, qui consiste à « considérer le transfert à la fois comme une résistance au progrès de la cure et comme le ressort de son efficacité » ?
La réponse à cette question implique que nous reconsidérions les modalités générales qui conditionnent l’efficace de la psychanalyse : s’agit-il d’une opération qui vise à lever le refoulement infantile lié au complexe d’Œdipe ou bien cette phase n’est-elle que le prélude à une opération plus complexe dont le fantasme serait le cœur et qui impliquerait une radicale distinction entre le désir et la jouissance dont l’assomption du désir, telle que la fin de l’analyse le promeut, serait l’effet ?
On mesure mieux ainsi le changement d’accent opéré par Lacan, qui serine à tout bout de champ que le point tournant de la psychanalyse réside dans le désir de l’analyste et donc dans l’effectuation de sa propre analyse. C’est ainsi que, si l’analyse n’est pas une imposture elle le devra à cette mystérieuse transmutation qui rend l’analyste apte à soutenir un transfert qui le fait support d’une interrogation radicale sur le désir comme désir de l’Autre.
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