Groupe régional de psychanalyse
 

N. Montcho


Contrefaçons de faire

   
 
Mme DUPE apprend qu’un détective privé, M. LIMPER, mène une enquête sur la psychiatrie publique. Ayant été témoin de quelques faits dans un service de pédopsychiatrie, elle décide d’apporter sa contribution et d’aller témoigner. Mme DUPE prend rendez-vous avec LIMPER; lorsqu’elle arrive dans le bureau du détective, voici ce qu’ils s’échangèrent :

Détective LIMPER : "Bonjour Mme DUPE, comme je vous l’ai appris par téléphone, je suis chargé d’enquêter sur la psychiatrie; plus précisément sur l’affaire des contrefaçons. En tant que témoin de la psychiatrie publique votre déposition peut aider à instruire cette affaire; vous avez accepté de venir répondre à quelques questions, je vous demande d’essayer de n’omettre aucun détail, d’accord?

Mme DUPE : Oui M. LIMPER, mais j’suis pas sure de comprendre les questions; faut pas m’en demander trop, vous savez!

Détective LIMPER : Peu importe, je vous préciserai si cela est nécessaire. Bien, commençons par le SujetMisAMal, vous connaissez?

Mme DUPE : Oui M. LIMPER, c’est monnaie courante, c’est la monnaie de l’Etat de la psychiatrie, cette monnaie s’appelle le S.M.A.M.

Détective LIMPER : C’est une monnaie courante, mais quand est-elle utilisée? Comment? Pour quelles transactions? Donnez-moi des détails pouvant me servir d’indices.

Mme DUPE : Alors, c’est une monnaie qui circule pas dans les mains mais dans les mots…
J’me rappelle un jour, y avait eu des échanges à propos d’une famille, le psychiatre du coin avait dit exactement ces mots : "C’est quoi c’t’enfant? ". Alors moi j’me suis rappelé qu’à l’école on m’a appris que "quoi " en grammaire ça à voir avec l’objet et pas avec le sujet. Autre-ment ça se saurait, n’est-ce pas M. LIMPER?

Détective LIMPER : Oui, en effet. J’ai l’impression que la psychiatrie régresse vers une médicalisation traditionnelle… Et l’inconscient, la psychanalyse et ses concepts, tout cela circule t-il dans les échanges?

Mme DUPE : Bah, vous savez j’crois en avoir entendu parler, mais j’dirais qu’faut vous mettre au courant!

Détective LIMPER : Que voulez-vous dire?

Mme DUPE : J’crois que vous m’parlez de la dévaluation. Vous pensez bien que le S.M.A.M. sert à une meilleure gestion, plus efficace; c’est pas avec l’inconscient qu’on peut produire des comptes rendus de prise en charge, des diagnostics et des pronostics, des évaluations sur la quantité d’actes… A l’hôpital faut prévoir comment et quand le patient va évoluer; comment prétendre offrir au sujet un accès à son savoir si on sait d’avance à sa place?
Le S.M.A.M. ça arrange la gestion; ça se quantifie. Et pi d’abord la psychanalyse ça sert quand même aux psydrag-queens; ça se travestit quoi!

Détective LIMPER : Attendez Mme DUPE, je comprends difficilement votre allusion; pouvez-vous revenir sur l’inconscient; est-ce que c’est entendu à l’hôpital?

Mme DUPE : On en parle un ptit peu, c’est un instrument qui devient obsolète. C’est décalé; la politique gestionnaire, le management, c’est plus américain. Let’s go!
D’ailleurs comment voulez-vous codifier l’inconscient en ISA?

Détective LIMPER : Une minute Mme DUPE, vous me parlez de psydrag-queen, de S.M.A.M., d’ISA… je perds mon latin dans tout ça. Expliquez-vous sur cet "ISA".

Mme DUPE : Ben, à l’hôpital un nouveau système est annoncé, c’est l’ISA, j’crois que ça veut dire : Informatic System America. Le patient sera informatisé, un codage pas encore au point mais vous savez le progrès… qu’est-ce que je disais moi?

Détective LIMPER : Vous dites que le patient sera informatisé?

Mme DUPE : Ah, oui ! Donc ses troubles, sa situation, son évolution, et ses capacités seront codés pour être accessibles sur ordinateur. Et, oui service public…
Les thérapeutes devront d’ailleurs se référer au DSM 1, 2, 3 ou 4… j’me rappelle plus si c’est une suite limitée ou pas. Après, selon le codage y aura un nombre de points ISA et selon ce nombre qui représente des devises quoi, et ben, le service obtiendra tel ou tel budget. J’crois que la tendance arithmétique va occulter la topologie.

Détective LIMPER : Vous avez aussi parlé de psydrag-queen, je voudrais plus de précisions.

Mme DUPE pouffe de rire : Ah! Ah! Ah!
Oh! Vous savez c’est une manière de dire que la psychanalyse ça devient un costume pour certains psychiatres. Parce que faut bien faire attention M. LIMPER, ça devient grave c’qui s’passe; entre la toute puissance et la dictature y a pas de(ux) pas. La circulation de la monnaie S.M.A.M., c’est comme l’occupation ; ou vous collaborez ou vous résistez. Y en a qui jouent les faux-monnayeurs; ils collaborent tout en baragouinant des trucs sur le transfert, l’inconscient, la psychanalyse. C’est ça le psydrag-queen, il fait semblant d’habiller son discours de concepts pensés et à l’instant de se dévêtir il assène les témoins d’un "c’est inutile de résister, on est obligé; si vous êtes pas content allez voir ailleurs".

Détective LIMPER : Votre déposition est enregistrée ainsi que les faits rapportés, avant de signer votre témoignage avez vous autre chose à dire concernant l’affaire des contrefaçons?

Mme DUPE : Oui, je voulais savoir : ça veut dire quoi contrefaçons?

Détective LIMPER : Ce sont des reproductions frauduleuses, ici il semble s’agir de fausse monnaie; le S.M.A.M.

Mme DUPE : Le S.M.A.M c’est le faux sujet?

Détective LIMPER : Oui, en quelques sortes…
Mme DUPE je vous remercie de votre témoignage même si l’affaire est étouffée ou si elle aboutit à un non-lieu".

Sur ces paroles Mme DUPE salue le détective et quitte son bureau. Songeuse, elle se demande si sa venue n’est pas vaine…
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© N. Montcho

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